La réalisatrice et scénariste parle des innovations de l’édition 2024 des LFC Awards, une des plus importantes cérémonies de récompenses du cinéma au Cameroun, tout en dégagént le rôle de la femme dans le milieu du cinéla Camerounais.
Le Film Camerounais Awards (LFC) est une initiative que vous avez lancée depuis 2018. Rendu à la 7è édition quel bilan faites-vous du parcours de ce projet?
Le premier bilan est de constater à quel point nous enregistrons une évolution fulgurante de la 1ère à la 7ème Cérémonie. Cela est dû à la vision claire que nous avons de la cérémonie, des objectifs que nous voulons atteindre depuis le premier jour et qui chaque année un peu plus, sont à portée de main. Nous voulons participer à cet essor des Cinémas d’Afrique évoqué par l’UNESCO, dont le potentiel de création estimé est de 20 millions d’emplois et pour 20 milliards de dollars au PIB estimés pour tout le continent. Nous devons prendre nos responsabilités et rendre ces chiffres concrets. LFC AWARDS apporte sa contribution en donnant une lumière de plus en plus éclatante aux Cinémas d’Afrique et des Caraïbes ainsi que leurs diasporas respectives. Nous avons été crédible dès la première Cérémonie et l’engouement avec lequel l’annonce des nommés est reçu dans toute l’Afrique et même à l’international prouve que nous avons indéniablement grandi et avons gagné en valeur. LFC est définitivement un label de qualité.
Quelles sont les innovations de cette édition?
L’Atelier autour de la Critique Cinématographique, co animés par trois piliers du domaine que sont Jean-Marie Mollo Olinga, Baba Diop et Charles Tesson, est une innovation très importante autour de la transmission et du besoin de formation. C’est un atelier exceptionnel, qui va permettre de donner des bases solides aux participants et des clés pour l’analyse des films. Être capable de poser un regard critique sur un film ouvre des perspectives grandes de réflexion autour des thématiques et des sujets abordés par l’œuvre. Une œuvre qui n’est pas critiquée, n’existe tout bonnement pas. De cet Atelier naîtra la LFC CRITICS, la Gazette où le Public pourra retrouver la critique de films en salles ou qui vont s’embarquer dans l’aventure des Festivals.
La seconde grande innovation, ce sont Les Escales Ciné de Douala, parrainées par la Communauté urbaine de Douala et en partenariat privilégié avec CANAL+. Ensemble, nous avons trouvé nécessaire non plus seulement d’attirer le public en salles, mais d’amener les films jusqu’à eux. Le Cinéma a pour vocation d’impacter son environnement, de changer le monde et créer cette proximité avec les populations va susciter ou déclencher une envie de bouger des lignes en eux. A l’intérieur de ce projet cette année, l’initiative « Orphée » par laquelle nous allons être au contact d’enfants à qui nous auront la possibilité d’apporter de la joie, des moments de création et de partages inoubliables.
Comment expliquer le grand écart de gain entre producteurs de films et acteurs dans le paysage cinématographique? Parce que les acteurs continuent d’insister sur l’expression : « le cinéma ne paie pas au Cameroun ».
La principale raison pour laquelle le 3/4 des Cinéastes vous diront « Le Cinéma ne paie pas au Cameroun », est indéniablement le manque de politique culturelle pour structurer le secteur et l’absence cruelle de financements ou de modèles viables pour les productions locales. En dehors des personnes malhonnêtes, les Producteurs souffrent davantage en réalité. Le reste de l’Équipe n’a pas de compte financier à rendre, alors que les Producteurs subissent des pressions inimaginables des investisseurs et autres diffuseurs. Les producteurs que je connais pour ma part sont quasi en faillite pour la plupart. Leur foi et leur passion les amènent à contracter des dettes qui les suivront peut-être toute leur vie eux et leur descendance. Il faut plus d’empathie dans notre domaine, plus de solidarité et d’entraide. Tout le monde n’est pas un escroc et tout le monde ne nous veut pas du mal. Dans un projet de film, chacun doit jouer sa partition avec honnêteté et transparence. Nous ne sommes pas clean. C’est un fait. Je généralise beaucoup, mais il y a pleins de profils qui sortent du lot, mais ils sont engloutis, noyés par les autres que tout le monde plébiscite alors qu’ils savent au fond ce qu’il en est, la perpétuelle langue de bois dans le milieu. J’invite tous les Acteurs du secteur a plus de communion, à plus de discussions sur comment structurer le domaine et permettre à tous ceux qui le pratique avec corps et avec âme puissent en vivre et hisser le vert rouge jaune au Cameroun d’abord, dans le monde entier ensuite.
Selon les Camerounais, les femmes réussissent mieux que les hommes dans l’actorat. D’avis d’experte, qu’en dites-vous?
Elles se reposent peut-être moins sur leurs acquis et ont plus de raisons de vouloir s’affirmer et montrer de quoi elles sont capables. Les femmes ont compris à quel point leur image est importante dans ce métier. C’est cela aussi la grande différence. Elles prennent très au sérieux la nécessité d’être plébiscitée et sollicitée pour camper des rôles. Leur image leur permet également de décrocher d’autres types de contrats, comme être égérie de marques, alors à mon sens elles ont mieux compris l’aspect business de la chose et sont devenues parfois malgré elles, de véritables entrepreneuses. La plupart sont des mamans et parviennent à allier la vie de famille et la vie professionnelle. Ne dit-on pas que la Femme sait faire deux choses en même, ce qui n’est pas le cas des Messieurs ? Rires.
Quel peut-être l’apport de l’intelligence artificielle dans l’évolution du cinéma camerounais?
Repousser davantage les limites de la création, c’est certain. Il m’est impossible d’imaginer une industrie où ce sont les machines qui écrivent seules les scénarios, s’occupent seules de la technique et peut-être même créent une nouvelle génération d’Actrices et d’Acteurs. Je n’y crois absolument pas. La machine aura TOUJOURS besoin de l’homme pour appuyer sur « démarrer ».
